Ă€ propos de Waswanipi 

Les Eenouch de Waswanipi

D’oĂą viennent les ancĂŞtres de la Première nation de Waswanipi? Des chasseurs-cueilleurs autochtones ont habitĂ© la forĂŞt borĂ©ale au nord de la ligne de partage des eaux au QuĂ©bec depuis le recul des derniers glaciers, il y a quelque 6 000 Ă  10 000 ans... depuis des temps immĂ©moriaux. Nous, les membres de la Première nation de Waswanipi, faisons partie de leur descendance. Nos ancĂŞtres sont entrĂ©s en contact avec les EuropĂ©ens au 17e siècle et, au cours des trois siècles qui ont suivi, des gouvernements europĂ©ens et des entreprises commerciales ont graduellement pris le contrĂ´le de notre territoire, qu’ils ont colonisĂ© en y installant des migrants provenant de leur pays.Tipi in Fog - Stanley Saganash 2010

On peut donc vĂ©ritablement se demander d’oĂą provient le peuple qui se reconnaĂ®t aujourd’hui dans le nom de Première nation de Waswanipi. Depuis 1976, notre collectivitĂ© est installĂ©e environ 275 km au nord de Val d’Or, oĂą la route 113 croise la rivière Waswanipi. Mais auparavant, notre port d’attache Ă©tait un poste de traite situĂ© environ 15 km Ă  l’ouest, sur l’île du lac Waswanipi.

Le Nord du Québec a toujours été très peu peuplé, et les Autochtones qui s’y trouvaient se déplaçaient beaucoup. Jusqu’à l’établissement des postes de traite vers la fin du 16e siècle, il n’y avait aucune installation permanente le long des côtes de la baie James et de la baie d’Hudson; dans le cas des terres intérieures situées près de Waswanipi, cela ne s’est produit que vers la fin du 18e siècle. Waswanipi était connu comme un pays riche en fourrures, surtout en fourrures de castor, de lynx et de martre.

La Compagnie du Nord-Ouest, formĂ©e de marchands de fourrure anglais de MontrĂ©al après que l’Angleterre eut pris le contrĂ´le de la colonie française en 1763, a Ă©tĂ© la première Ă  instaurer un poste de traite ouvert Ă  temps plein dans la rĂ©gion de Waswanipi. Cette compagnie a commencĂ© Ă  envoyer de petits groupes d’hommes vers le nord depuis les postes de traite de l’Abitibi pour faire du troc Ă  Waswanipi (et Ă  Mistissini). Dès 1775, ils menaient des activitĂ©s Ă  longueur d’annĂ©e dans une tente en rondins construite sur le lac Cheashquacheston (Gull Lake, aujourd’hui appelĂ© lac au GoĂ©land), environ 10 km Ă  l’ouest de l’île du lac Waswanipi. Dès 1800, ils s’étaient installĂ©s sur cette Ă®le.

Quand des hommes de la Compagnie de la Baie d’Hudson se sont rendus pour la première fois dans la région de Waswanipi, en 1819, la Compagnie du Nord-Ouest avait déjà installé quatre hommes sur l’île du lac Waswanipi. Ceux-ci faisaient du troc avec des familles autochtones de la région, qui chassaient dans les bassins des rivières Magasaci, Bell et Waswanipi.

Même avant que des maladies venues d’Europe comme la variole aient exterminé un grand nombre d’Autochtones, il est probable qu’un maximum de 40 familles de quatre ou cinq personnes occupaient le territoire qu’on appelle de nos jours Waswanipi. Les dossiers de la Compagnie de la Baie d’Hudson montrent que, en 1823, 32 groupes familiaux totalisant 136 personnes faisaient commerce au poste de traite. Ces familles, qui se réunissaient en petits groupes d’environ douze chasseurs, se dispersaient dans ce vaste territoire en hiver. Au printemps ou en été, ils se réunissaient en un point et à un moment préétablis. Les familles de la région ne se rendaient pas toutes au poste de Waswanipi chaque année. Certaines allaient visiter des groupes autochtones voisins, parfois pour arranger des mariages, et allaient faire du troc à d’autres postes de traite, souvent celui de Mégiscane ou de Nemiscau. Les journaux de la Compagnie de la Baie d’Hudson, dans lesquels étaient consignés de brefs comptes rendus quotidiens sur les allées et venues à chaque poste, indiquent que, même au début du 20e siècle, il n’y avait jamais plus de trois familles à la fois au poste de Waswanipi. Une famille pouvait s’y rendre une ou deux fois par année, y restant environ une journée, pour y troquer ses fourrures contre les biens que les marchands avaient en très petites quantités. Leurs réserves étaient modestes parce que, jusqu’à récemment, le tout devait être transporté sur des centaines de kilomètres par canot, trajet comportant des dizaines de portages.

Quand la Compagnie du Nord-Ouest a fusionné avec la Compagnie de la Baie d’Hudson en 1820, les voies d’approvisionnement vers le sud et vers l’est ont été abandonnées, et les réserves ont commencé à être acheminées à Waswanipi par brigades de canots depuis Fort Rupert (Waskaganish). Quand la voie ferrée des Chemins de fer nationaux du Canada eut été tracée juste au sud de Waswanipi dès 1918, le parcours de la brigade de canots a dévié vers le sud, en direction de Senneterre. C’est ainsi qu’a pris fin un siècle de contacts annuels avec le peuple de la côte de la baie James. Dans les années 1930, le transport aérien de cargaisons depuis Senneterre est devenu chose courante et, dès les années 1940, les installations du poste de traite de l’île du lac Waswanipi ont été agrandies. Dès lors, la population qui y passait l’été s’est mise à croître, et quelques familles ont commencé à y passer également l’hiver.

Dans les annĂ©es 1950, toute la rĂ©gion de Waswanipi a Ă©tĂ© ouverte Ă  l’exploitation par des intĂ©rĂŞts extĂ©rieurs : l’essor de Chibougamau liĂ© Ă  l’exploitation du cuivre a entraĂ®nĂ© l’installation d’une voie ferrĂ©e et d’une grande route qui longeaient le lac Waswanipi. Des milliers de travailleurs se sont installĂ©s dans la rĂ©gion au fil de l’ouverture de mines Ă  Desmaraisville et Matagami et de l’installation de scieries Ă  Miquelon – le tout sur les terres de Waswanipi. Nous, les membres de la Première nation de Waswanipi, sommes devenus une minoritĂ© sur nos propres terres. Peu après, des familles ont commencĂ© Ă  migrer vers ces nouveaux centres d’activitĂ©s Ă  la recherche de travail. Dès 1960, notre bande comptait environ 400 membres, mais nous Ă©tions largement dispersĂ©s Ă  Matagami, Senneterre, Miquelon, Desmaraisville, Chapais et aux abords de la rivière Waswanipi. En ce qui concerne l’île du lac Waswanipi, elle a Ă©tĂ© Ă  peu près abandonnĂ©e, sauf lors de courts rassemblements familiaux soulignant mariages et funĂ©railles. Quand la Compagnie de la Baie d’Hudson a dĂ©finitivement fermĂ© son magasin en juin 1965, il ne restait que quelques aĂ®nĂ©s au vieux poste de traite, et ces derniers sont ensuite rapidement partis.

Ă€ compter de 1965, une lutte longue et ardue a commencĂ© pour rĂ©unir notre peuple dans son lieu actuel, Ă  la rivière Waswanipi. Les membres de la bande Ă©taient très divisĂ©s quant au meilleur endroit oĂą installer le nouveau village. Ottawa a retardĂ© les travaux en raison d’inquiĂ©tudes quant aux coĂ»ts et de l’indĂ©cision des membres de la bande. Le gouvernement du QuĂ©bec de l’époque ne reconnaissait pas le titre ancestral et tardait Ă  transfĂ©rer ce qu’il considĂ©rait comme des « terres provinciales Â» au gouvernement fĂ©dĂ©ral en vue de l’établissement de la nouvelle municipalitĂ©. L’affaire n’a Ă©tĂ© rĂ©glĂ©e qu’en 1975, après qu’Hydro-QuĂ©bec eut perdu sa cause dans l’affaire de la baie James et que la Convention du Nord quĂ©bĂ©cois eut Ă©tĂ© nĂ©gociĂ©e.

Les travaux de prĂ©paration du site oĂą allait s’installer notre collectivitĂ© ont commencĂ© en 1976, au confluent des rivières Opawica et Chibougamau, aux sources de la rivière Waswanipi. Les premières maisons ont commencĂ© Ă  ĂŞtre occupĂ©es en 1977. Aujourd’hui, ce lieu est le domicile de 1 400 membres de la Première nation de Waswanipi, fiers dĂ©positaires des fruits de l’âpre lutte qui a menĂ© Ă  la Convention de la baie James et du Nord quĂ©bĂ©cois.

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